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Les Habitants

  • 1995
  • Pays-Bas
  • 1h45
Comédie de Alex Van Warmerdam avec Alex Van Warmerdam, Annet Malherbe, Leonard Lucieer, Jack Wouterse, Rudolf Lucieer
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Une femme qui, sur les conseils dʼune statue de Saint-François, se prive de nourriture pour plaire au Seigneur. Un enfant qui, fasciné par la guerre civile au Congo, se déguise en Noir et se fait appeler Lumumba. Un facteur bien indiscret, un garde-chasse myope et stérile, un boucher à l’appétit sexuel débordant qui ne manque pas dʼimagination pour capturer ses proies. Voici quelques éléments dʼune comédie des plus insolites sur la vie des habitants dʼun lotissement perdu, dans le Nord de lʼEurope.

Il y a de quoi s'émerveiller dans ce récit si farfelu, fourmillant d'idées saugrenues et qui en même temps ne cesse de nous renvoyer à nous-mêmes. Critikat.com
"Les Habitants" est en fait un récit d'initiation fort noir, irrigué par un humour désespéré. Le Monde
Un ton très personnel, pas loin de l'humour à froid de Kaurismaki, revisité par le surréalisme de Magritte. Le Figaroscope
Pour aller + loin

Un studio de photos : un couple et un enfant posent. Le photographe interrompt la séance pour demander au mari d’être plus souriant, plus confiant… L’homme s’interroge : « Plus confiant en quoi ? » Le photographe de répondre : « En l’avenir, bien entendu. » Le mari sourit, le cliché est pris. Quelques temps plus tard, la photo sert pour une campagne de publicité immobilière, annonçant « Ici, en 1958, plus de 2 000 logements. » Au milieu des travaux, une barre d’une petite vingtaine d’habitations a émergé. Un panneau annonce : « Eté 1960. » Des fleurs ont poussé dans la bétonnière.

Cette introduction, drôle et désabusée à la fois, donne le ton des Habitants, film qui ne manque ni d’élégance ni de mordant pour décrire la vie de cette petite communauté un peu abandonnée par le monde. D’une part, et en écho à l’échange entre le mari et le photographe, le film n’aura de cesse de renvoyer l’homme à ses illusions, à ses fantasmes et à son attente naïve d’un mieux qui n’arrive jamais vraiment. De l’autre, il s’ancrera dans l’atmosphère si particulière de son cadre, composé d’une ville inachevée et d’une forêt artificielle, quelque chose comme un laboratoire à ciel ouvert où se débat l’humanité la plus médiocre.

Heureusement, il y a également dans Les Habitants une sorte de soupape vers le merveilleux à travers l’étonnante forêt qui jouxte le village inachevé. Toujours obscure même quand il fait grand jour dehors, mais habitée d’une lumière de conte de fées même lorsque c’est nuit noire, la forêt semble en partie dissociée du village, et les choses ne s’y déroulent pas tout à fait de la même manière. C’est un havre pour celui qui cherche l’intimité ; c’est un refuge pour celui qui est poursuivi ; c’est l’endroit de la revanche pour celui qui est harcelé (1) ; et c’est le foyer de la fascinante Agnes, sorte de créature fantastique qui guide Thomas vers son âge adulte. Malheureusement, la forêt sera à son tour gagnée par la violence des hommes, et Thomas la quittera elle aussi, en lui tournant une dernière fois le dos.

Reposant sur une galerie de personnages excentriques et assez peu attachants, extrêmement économe en mot, très stylisé – à la limite de la préciosité – dans sa direction artistique comme dans sa narration un peu abstraite, rythmé sur un tempo plutôt lent mais composé d’une succession de petits morceaux de bravoure, et habillé d’une bande-son qui n’épargne ni les silences dérangeants ni les dissonances, Les Habitants pourra désarçonner, et il sera aisé aux déçus de l’évacuer du revers d’une expression péjorative du type « cinéma poseur » ou « arty ». Il aura toutefois, à sa manière et aux côtés, par exemple, d’un Aki Kaurismaki, contribué aux débuts des années 90 à l’émergence d’un courant du cinéma nord-européen, habité par un véritable regard sur le monde et une volonté constante de composer des images fortes et insolites. A cet égard, il mérite indéniablement la (re)découverte.

Antoine Royer, DVDClassik

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